Bozouls, un « trou » qui n'en est pas vraiment un
Ici, tout le monde l'appelle le « Trou de Bozouls », mais le mot est un peu trompeur : ce n'est pas un gouffre, c'est un canyon à ciel ouvert, un cirque naturel presque circulaire d'environ 400 mètres de diamètre et une centaine de mètres de profondeur, aux parois quasi verticales. La première fois qu'on y emmène quelqu'un, on aime observer la tête qu'il fait en arrivant sur la place du village : on marche entre les maisons, rien ne laisse deviner ce qui se cache derrière, et puis d'un coup, le vide s'ouvre sous nos pieds. C'est ce contraste, entre le calme du bourg et la brutalité du paysage juste en dessous, qui rend l'endroit si particulier.
Le village de Bozouls s'est construit tout autour de ce fer à cheval, sur les deux rives, avec au centre un éperon rocheux qui s'avance dans le vide comme la proue d'un bateau. C'est sur cet éperon, à l'endroit le plus vertigineux du site, que se dresse l'église Sainte-Fauste. On y revient plus bas, car c'est notre coup de cœur du lieu.
Comment le Dourdou a sculpté ce canyon
Le responsable de tout ça, c'est le Dourdou, la même petite rivière qui coule plus bas dans la vallée que nous longeons pour aller à Conques, avant de rejoindre le Lot du côté de Grand-Vabre, où nous vous emmenons volontiers pagayer. Ici, à Bozouls, elle traverse le causse Comtal, un plateau calcaire du Jurassique, et plutôt que de creuser tout droit, elle s'est mise à serpenter en formant un méandre de plus en plus encaissé. Au fil des millénaires, l'érosion a rongé le calcaire tendre le long de cette boucle, approfondissant le lit de la rivière tout en gardant la même forme courbe : c'est ce qu'on appelle un méandre encaissé, et c'est exactement ce mécanisme, aidé par un léger soulèvement tectonique du plateau il y a des millions d'années, qui a donné naissance à ce cirque presque parfait. Le résultat est unique dans la région : ni gorge classique, ni simple vallée, mais un amphithéâtre de roche refermé sur lui-même.
On aime particulièrement venir après une bonne pluie, ou à la fonte des neiges : le débit du Dourdou grossit, et on entend gronder deux petites cascades au fond du canyon, ainsi qu'un gouffre qu'on appelle localement le Gourg d'Enfer. Le reste de l'année, la rivière est bien plus discrète, presque un ruisseau au fond de son immense écrin de calcaire.
L'église Sainte-Fauste, perchée au bord du vide
C'est le point d'orgue de la visite, et le premier endroit où nous conduisons nos hôtes. L'église romane Sainte-Fauste, construite pour l'essentiel au XIIe siècle, occupe la pointe de l'éperon rocheux, à l'endroit précis où le méandre du Dourdou se referme presque sur lui-même. Avant elle, on raconte qu'un village fortifié et un château occupaient déjà ce piton défensif naturel dès le IXe siècle. Il n'en reste rien aujourd'hui, mais les habitants continuent d'appeler cet endroit « le château ».
On ne se lasse pas de contourner l'église par le petit chemin qui longe la falaise : d'un côté, la façade romane toute simple, en pierre calcaire et grès rose ; de l'autre, à quelques mètres à peine, une centaine de mètres de vide au-dessus du Dourdou. Sur la place principale, juste en face de la mairie, une passerelle a été aménagée pour offrir un point de vue frontal sur l'éperon et l'église : c'est de loin notre panorama préféré sur le site, et il est accessible à tous en quelques pas depuis le centre du village.
Nos points de vue préférés sur le canyon
Au-delà de la place de la mairie, plusieurs belvédères aménagés jalonnent le tour du canyon, notamment le long de la Rue du Trou, avec des passerelles en bois qui permettent de traverser le Dourdou en toute saison et d'admirer les parois depuis plusieurs angles. Notre conseil : ne vous arrêtez pas au premier point de vue venu, faites au moins un demi-tour du site à pied pour voir l'église sous différentes lumières : le matin, la pierre rosée s'illumine particulièrement bien.
Sentiers, escalade et autres activités
Le site est équipé d'un sentier de découverte balisé d'environ 6 km, qui part du parking de la mairie et permet de faire le tour complet du cirque à pied, entre passerelles suspendues et points de vue successifs. Les parois du canyon, exposées au soleil sur le versant sud, sont aussi fréquentées par les grimpeurs : plusieurs voies d'escalade équipées sont réparties sur le site, pour ceux qui veulent une approche plus sportive du paysage. Nous, on reste plutôt côté rando avec nos hôtes : la balade est accessible à toute la famille, et le dénivelé permet de vraiment prendre la mesure de la profondeur du canyon.
Le site est classé Espace Naturel Sensible, et ce n'est pas un hasard : les falaises abritent une faune remarquable, notamment le grand-duc d'Europe et le faucon pèlerin, qu'on repère parfois en vol au-dessus du vide si on prend le temps de lever les yeux. Les versants nord et sud du canyon, très différents en exposition, portent aussi une végétation contrastée (frênes et érables à l'ombre, chênes pubescents au soleil) qui vaut le coup d'œil pour qui s'intéresse un peu à la nature du causse.
Un site chargé de légendes et d'exploits
On aime raconter à nos hôtes que ce canyon a longtemps intrigué les gens du coin, au point de figurer autrefois parmi les « sept merveilles du Rouergue ». La légende locale, bien sûr, préfère une explication moins géologique : on dit que c'est le Diable lui-même qui aurait creusé le trou d'un coup de sabot, furieux de ne pas réussir à faire tomber le clocher de l'église. Le gouffre que l'on entend gronder au fond du canyon porte d'ailleurs un nom à sa mesure, le Gourg d'Enfer, que l'on disait autrefois insondable. Un peu plus loin sur la paroi, un rebord rocheux appelé le Saut du Mendiant rappelle un fait divers tragique survenu il y a un peu plus d'un siècle, un nom qui, chaque fois qu'on le raconte, fait son petit effet sur nos hôtes.
Le vertige du lieu a aussi attiré des funambules : le célèbre Henry's y a tendu son fil à plusieurs reprises entre 1980 et 1995, traversant le vide au-dessus du Dourdou sous les yeux du village entier. Depuis 2010, le canyon accueille également un festival de musique, la Festa del Traouc, qui investit chaque été les gradins naturels du site. Deux bonnes raisons, si vous passez en pleine saison, de vous renseigner sur le programme local avant d'y aller.
Notre façon d'y aller depuis le gîte
Depuis le Gîte de la Viguerie, à Pruines, comptez environ une demi-heure de route pour rejoindre Bozouls, par les petites routes du causse Comtal, un trajet agréable qui traverse des paysages bien différents de la vallée du Dourdou que l'on connaît près du gîte, ou de celle qui mène à Conques. Se garer près de la mairie reste la solution la plus simple pour rayonner ensuite à pied autour du canyon. Comptez une bonne heure pour la boucle courte autour de l'église et des principaux points de vue, et une demi-journée si vous voulez faire le tour complet du sentier de découverte. Nous conseillons d'y aller en fin de matinée ou en fin d'après-midi : la lumière rasante sur les falaises calcaires est nettement plus belle qu'en plein midi, et le village est plus calme.