Un village suspendu, qu'on ne se lasse pas de regarder d'en haut
La première fois qu'on emmène quelqu'un à Conques, on évite en général de foncer directement au parking du village. On préfère faire le détour par la route qui domine le vallon, côté Sénergues ou vers le belvédère du Bancarel, pour laisser le temps à nos invités de découvrir le village d'en haut avant d'y descendre : les toits de lauze et les maisons à pans de bois qui s'étagent en amphithéâtre autour de l'abbatiale, blottis au confluent du Dourdou et de l'Ouche. On comprend alors d'où vient le nom du village : Conca en latin, « la conque », pour sa forme de coquille encaissée dans la roche. Le site est aujourd'hui protégé au titre du label Grand Site de France « Conques Vallées Lot et Dourdou », et le village figure parmi les « Plus Beaux Villages de France ». Mais ce qui frappe surtout quand on y vit à côté, c'est que Conques n'a jamais cessé d'être un lieu de passage : on y croise encore, presque tous les jours, des pèlerins sac au dos qui marchent vers Saint-Jacques-de-Compostelle, exactement comme au Moyen Âge.
Cette histoire de pèlerinage, on ne s'en lasse pas de la raconter. Tout commence à la fin du VIIIe siècle, quand l'ermite Dadon fonde un petit monastère dans ce vallon reculé. La légende, et on aime la version un peu rocambolesque, veut qu'un moine de Conques ait passé dix ans infiltré dans l'abbaye d'Agen avant d'y dérober les reliques de Sainte Foy, une jeune martyre du IIIe siècle, pour les ramener discrètement à Conques à la fin du IXe siècle. Les miracles qui leur furent aussitôt attribués ont déclenché un afflux de pèlerins qui allait façonner le destin du village pour les siècles suivants, et qui explique, aujourd'hui encore, la taille disproportionnée de l'abbatiale par rapport au village.
L'abbatiale Sainte-Foy, chef-d'œuvre de l'art roman
Face à l'affluence croissante des pèlerins, l'abbé Odolric entreprend à partir de 1041 la construction d'une abbatiale à la mesure de l'événement : une vaste église à trois nefs et tribunes, achevée pour l'essentiel au cours du XIe et du XIIe siècle. Bénédictine jusqu'en 1537, puis confiée à des chanoines séculiers, l'abbaye est aujourd'hui animée par la communauté des Prémontrés, installée à Conques depuis 1873 ; on les croise parfois sur la place, en soutane blanche, entre deux offices.
Notre conseil, si vous n'avez qu'une chose à faire à l'intérieur : levez la tête. L'endroit est sobre et lumineux, presque nu par endroits, et c'est justement ce qui rend le décor sculpté si saisissant quand on tombe dessus : environ 250 chapiteaux romans, répartis sur deux niveaux, courent le long des colonnes de la nef et des tribunes. Beaucoup illustrent des scènes bibliques ou des motifs végétaux et animaliers typiques du répertoire roman du sud de la France. On en remarque de nouveaux à chaque visite.
Le tympan du Jugement dernier
C'est la première chose que l'on montre à nos hôtes, sur la façade occidentale : le tympan du Jugement dernier, réalisé au tout début du XIIe siècle, et considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture romane occidentale. Prenez le temps de vous arrêter sur le petit parvis en face, quelques mètres en retrait : c'est la meilleure façon d'embrasser d'un coup les 124 personnages qui gravitent autour du Christ en majesté : à sa droite, les élus accèdent au Paradis ; à sa gauche, les damnés sont précipités dans la gueule de l'Enfer, dans des scènes assez truculentes pour l'époque. On aime particulièrement repérer les traces de polychromie d'origine, qui rappellent que ce tympan était à l'origine peint de couleurs vives, un vrai livre d'images pour des pèlerins qui, pour beaucoup, ne savaient pas lire.
Le trésor de Sainte-Foy
On recommande toujours l'accès au trésor, même si c'est une visite payante en plus de l'église : c'est l'un des plus importants ensembles d'orfèvrerie médiévale parvenus jusqu'à nous en France. La pièce maîtresse en est la statue-reliquaire de Sainte Foy, qu'on met un moment à vraiment « voir » tant elle est chargée : une figure en bois recouverte de plaques d'or, sertie de pierres précieuses, de camées et d'intailles antiques accumulés au fil des dons de pèlerins pendant près d'un millénaire. Le trésor rassemble aussi reliquaires, croix processionnelles et objets liturgiques, témoins de la ferveur qui a longtemps entouré ce lieu de pèlerinage.
Les vitraux contemporains de Pierre Soulages
Entre 1986 et 1994, le peintre aveyronnais Pierre Soulages, natif de Rodez, a conçu pour l'abbatiale un ensemble de 104 vitraux qui habillent aujourd'hui l'intégralité des baies. Plutôt que des couleurs, l'artiste a choisi de travailler la lumière elle-même, à travers un verre translucide texturé, spécialement développé pour l'occasion, qui filtre et diffuse la clarté du jour sans jamais la teinter. On a mis du temps, nous aussi, à vraiment les apprécier : au premier passage on cherche presque du regard « les couleurs », et puis on revient un autre jour, à une autre heure, et la lumière n'est plus la même dans la nef : c'est tout l'intérêt. Le résultat, à rebours de la tradition des vitraux colorés, prolonge dans un langage résolument contemporain la sobriété de l'architecture romane. Si le sujet vous intéresse, le musée qui est consacré à l'artiste à Rodez complète bien la visite, à une trentaine de minutes du gîte.
Conques, étape majeure du chemin de Compostelle
Inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des « Chemins de Saint-Jacques-de- Compostelle en France », l'abbatiale Sainte-Foy demeure l'une des haltes les plus marquantes de la Via Podiensis, le chemin qui relie Le Puy-en-Velay à la frontière espagnole. On croise régulièrement des pèlerins sur nos petites routes autour du gîte, reconnaissables à leur coquille Saint-Jacques accrochée au sac ; n'hésitez pas à leur laisser la priorité, ils ont encore de la route. Chaque soir, à la fin de la messe, ils reçoivent la bénédiction traditionnelle avant de reprendre leur chemin vers Figeac puis Cahors. Si vous passez entre mai et octobre, on vous conseille vivement les Nocturnes de Conques : le tympan est alors illuminé pour révéler ses couleurs d'origine, et on peut accéder aux tribunes et à leurs chapiteaux, habituellement fermées au public. C'est, à notre avis, la plus belle façon de découvrir l'abbatiale.
Notre façon de visiter Conques depuis le gîte
Depuis le Gîte de la Viguerie, à Pruines, Conques se rejoint en une quinzaine de minutes par la route qui longe la vallée du Dourdou, un des trajets qu'on ne se lasse pas de refaire, même après toutes ces années. Notre astuce pour éviter la foule des cars : partez tôt, avant 10 h, ou en fin d'après-midi après le départ des groupes. Le village est alors bien plus calme, et la lumière rasante sur les toits de lauze est superbe pour les photos. La visite libre de l'abbatiale est gratuite ; l'accès au trésor, au cloître et aux visites guidées est payant et géré par l'office de tourisme Conques-Marcillac. On compte volontiers une demi-journée pour flâner dans les ruelles pavées, visiter l'abbatiale et profiter des points de vue sur le village, notamment depuis le belvédère du Bancarel, un arrêt qu'on recommande systématiquement, surtout en fin de journée.